mercredi 27 mai 2015

Mont Blanc, face ouest, voie Saudan

Nous avons choisi la voie ouverte par Sylvain Saudan en juin 1973 dans le versant ouest du mont Blanc, supposant que cette ligne nous permettrait de descendre l'intégralité de la face sans utiliser la corde ni gratter les rochers skis aux pieds. Bonne intuition. Mille mètres de pur ski de pente raide partant directement du Toit de l'Europe !
Plan large du parcours effectué dans le versant Miage du mont Blanc. Photo DR
En Europe, un passionné de ski sauvage trouvera difficilement défi plus intéressant que la face ouest du mont Blanc. Attiré par les proportions himalayennes de ce versant reculé du Géant franco-italien, j'avais gravi l'éperon de la Tournette en août 2009. Une voie presque oubliée, ouverte au XIXe siècle, peu difficile techniquement mais d'une certaine ampleur. Depuis cette ascension solitaire, je fantasmais une descente à ski gargantuesque au cœur de l'austère paroi érigée aux confins du Val d'Aoste et de la Haute-Savoie.
Le versant ouest du mont Blanc présente plus de 2000 mètres de dénivelé, dont la moitié en pente raide. Il se skie à vue, grimper la face exigerait beaucoup plus de temps et d'énergie que de monter côté français. Rares sont les informations sur les conditions de neige dans ce secteur déserté. La dernière inconnue de l'équation se situe au pied de la descente : les différents itinéraires permettant de rejoindre le glacier du Miage – boulevard plat et sûr –, peuvent s'avérer complexes voire dangereux.
Poser mes spatules du côté le plus secret du Monte Bianco restait un vœu pieux jusqu'à cet après-midi de mai 2015, quand j'ai évoqué « The West Face » avec une poignée de copains sur la terrasse d'un bar à skieurs, devant la gare de Chamonix. L'enthousiasme de mes camarades, la bière blonde et le soleil de 17 heures ont ressuscité ce projet auquel j'avais renoncé après une sévère fracture au genou gauche, trois ans auparavant. Le lendemain, j'envoyai deux photos récentes de la face ouest, glanées en farfouillant sur Skitour et Camptocamp, à l'alpiniste écossais Ross Hewitt. La définition des images était trop faible pour se faire une idée précise de l'enneigement. Néanmoins, la voie ouverte en 1973 par le pionnier du ski extrême Sylvain Saudan paraissait jouable. Sans certitude. « I'm ready to go now ! » La réponse sans ambages de Ross a précipité notre tentative.
Mercredi 27 mai était annoncé sans nuages, sans vent d'ouest, sans température excessive. Nous devions essayer. Notre équipe a pu compter sur deux solides renforts : le Finlandais Mikko Heimonen et le Suédois Jesper Petersson, skieurs hardcore enracinés dans la vallée de Chamonix, spécialistes des descentes très raides en haute montagne. Départ du refuge des Cosmiques au bout de la nuit, arrivée au sommet du mont Blanc à la mi-journée. L'aventure a commencé ici, à 4810 mètres, au faîte de cette fameuse calotte glaciaire perchée dans l'atmosphère bleu foncé. Un belvédère si élevé que nous pouvions distinguer, plus bas, au loin, le galbe léger de la ligne d'horizon témoignant de la rotondité de la Terre.
Confiants, impatients de glisser vers l'incertain, nous avons plongé côté italien, échappant au vent glacial du nord-est qui nous tabassait les joues depuis le lever du jour. Premiers virages déclenchés sur une neige piégeuse, vitrifiée par endroits. Pas question de mollir sur les appuis ou de bâcler sa position sous peine de perdre le contrôle. Concentration. Prudence. Sevré d'oxygène, le cœur tambourinait à plein régime. Et bientôt, la détente sur une surface plus douce dans la pente supérieure et le couloir Saudan. Pas de rappel ni dry-skiing, du ski total depuis le Toit du Vieux Continent. Ultime obstacle de la journée, la traversée du glacier du Dôme, moins crevassé que nous le redoutions, n'a pas opposé de difficultés majeures. Longtemps, je raconterai à qui veut l'entendre cette descente démesurée, le point final de ma saison 2015. Une histoire de passion, de glisse et d'altitude.
Ascension du mont Blanc par les Trois Monts. Dans la face nord du Tacul à l'aube. Neige fraîche tombée la veille, il a fallu refaire la trace en partie.
Jesper passe la rimaye du col du Mont-Maudit.
Un Finlandais, un Suédois, un Écossais et un Français réunis à 4810 mètres, partageant la même passion, la même détermination.
Départ du sommet du mont Blanc un peu avant 13 heures. Nous avons hâte de plonger côté italien pour échapper au vent du nord.
Premiers virages assez techniques. On racle la surface gelée sous la petite couche de neige récente.
Me voici skiant dans la zone vitrifiée de la pente sommitale. Photo Mikko HEIMONEN
Neige plus douce dans la vaste pente supérieure. Jesper Petersson traverse en rive droite pour trouver le couloir de la voie Saudan.
Nous sommes dans le couloir de la rive droite, incliné à 45-50 degrés, qui longe l'éperon de la Tournette.
Ross Hewitt en action.
Photo Ross HEWITT
Mikko Heimonen descend l'immense pente inférieure de la face ouest, en bonne neige transfo. Photo Ross HEWITT
Je fonce vers le pied de la face, voulant franchir la rimaye en rive droite. J'étais passé par là sans souci en grimpant l'éperon de la Tournette en août 2009, un mois extrêmement sec. Approchant de la rimaye, j'ai estimé qu'elle était trop ouverte pour envisager un saut. En remontant en escalier je me retrouve piégé sur de la glace vive saupoudrée de grésil... Sauvé par ma broche Black Diamond qui s'amorce et se visse en moins de 10 secondes ! Je hurle à mes camarades de sortir en rive gauche. Beaucoup d'énergie gaspillée pour enfiler les crampons en posture délicate et remonter une trentaine de mètres avant de retrouver l'équipe sur le glacier du Mont-Blanc. Photo Mikko HEIMONEN
Nous découvrons le glacier du Dôme après avoir skié un beau couloir ouest — commençant un peu au-dessus du très vieux refuge Quintino Sella — en velours printanier. À peine remis de mes émotions, je crains la traversée du glacier crevassé. Je préfère m'en tenir au plan initial qui était de dormir au refuge Gonella, situé juste en face de nous, et de rentrer tranquillement le lendemain. Mikko et Jesper nous laissent leur réchaud et s'encordent pour tenter de rejoindre la rive droite du glacier. Ils y parviennent en quelques minutes avec une facilité déconcertante. Ross et moi suivons leur trace en skiant prudemment, reliés par 25 mètres de corde.
Ross très enjoué sur le sentier balisé (quelques portions skiables) descendant vers le glacier du Miage. Me sentant exténué, il m'a délesté de ma corde et offert un tube de gel énergétique. J'ai apprécié.
Mikko Heimonen sur la moraine du lac Combal, après plusieurs kilomètres de ski sur le faux plat du glacier du Miage. Mikko est l'un des skieurs amateurs les plus actifs dans le massif du Mont-Blanc, sa liste de descentes (Y à la Verte, face nord de l'aiguille du Plan, éperon Frendo...) pourrait susciter de graves complexes chez n'importe quel rider professionnel. Avec Jesper, il a réalisé ce printemps la possible première descente du Fil à Plomb, dans la face nord de l'aiguille du Midi.
Fin de l'aventure vers 18 heures au bout de la route carrossable du Val Vény. Merci Ross, Mikko, Jesper et leur ami Jim qui est venu nous chercher en Italie avec son break Volvo. P. S. : Ross Hewitt a publié un superbe reportage relatant cette descente dans Sidetracked Magazine (in English of course).

vendredi 24 avril 2015

Aiguille d'Argentière, couloir Barbey

Poumons encombrés, motivation en berne, je suis monté à l'aiguille d'Argentière par la voie normale afin d'améliorer ma condition physique de mésange asthmatique. Sommet atteint à 13 heures, dans les temps pour skier le couloir Barbey, versant suisse (tracé ci-dessus).

samedi 18 avril 2015

Mauvais Plan

Souhaitant goûter la neige fraîche tombée sans vent violent (cas rare cette saison), je fais équipe avec Jean et Martin. Nous profitons d'une éclaircie, en début d'après-midi, pour nous lancer dans la face nord du col du Plan. Rappel indispensable ce jour pour passer le mur de glace au sommet.

mardi 14 avril 2015

Aiguille du Goûter, couloir ouest

Aiguille du Goûter, versant ouest. Durant l'ascension, j'ai quitté l'axe du couloir pour basculer dans la face après qu'une pierre fusante m'ait heurté la cuisse droite. Pas de dégât. La neige était de médiocre qualité, majoritairement gelée, croûtée et irrégulière. L'enneigement était très faible tout en haut, de ma position je ne voyais pas la possibilité de skier depuis le sommet. Déçu, démotivé, je me suis arrêté une centaine de mètres sous le nouveau refuge du Goûter.

mercredi 18 mars 2015

Jallouvre, triangle ouest

En ce chaud mois de mars, où il faut composer avec les maigres réserves de neige d'un hiver express, je poursuis ma petite collection des plus belles descentes modérément inclinées des Bauges et des Aravis. Après le couloir nord du Trélod, la face sud-ouest du Charvin, voici le triangle ouest du Jallouvre.

mardi 10 mars 2015

Charvin, face sud-ouest

Le Charvin, montagne bucolique appartenant à la chaîne des Aravis. Je n'ai jamais osé tenter la face sud-ouest quand la neige est poudreuse, craignant les coulées déclenchées par le soleil. Les cycles de dégel et regel de cette semaine "printanière" garantissaient une sécurité optimale. En prenant la peine de remonter la face, j'ai pu choisir la ligne la plus directe. Si j'étais monté par la voie normale pour skier à vue, j'aurais sans doute traversé en rive gauche (à droite sur la photo), mieux enneigée, comme l'ont fait les quelques skieurs descendant la sud-ouest ce jour.