mardi 10 juin 2014

Col de la Brenva, face sud-est, ligne Tardivel

Col de la Brenva, face sud-est. Une ligne ouverte le 10 juillet 1988 par Pierre Tardivel. Déposé en hélicoptère au sommet, cette descente lui a servi d'échauffement avant de s'élancer le même jour dans l'impressionnante face nord du Grand Pilier d'Angle (tout à gauche sur cette photo). Une première qui n'a jamais été répétée depuis. Dans les années 80, les enchaînements avec transferts en hélico étaient à la mode chez les montagnards de pointe (Christophe Profit et Jean-Marc Boivin ont réalisé de grandes performances par ce moyen). Difficile de reprocher à Pierre Tardivel d'avoir abusé de l'hélicoptère au cours de sa carrière. Son palmarès unique au monde parle pour lui.
Montée au col de la Brenva par les Trois Monts. Le soleil se lève quand j’atteins la rimaye du Maudit. Je suis en retard par rapport à mon plan de route. L'itinéraire est plus sportif que d'habitude avec des détours et deux franchissements de crevasses un peu délicats avec les skis sur le sac.
Au col de la Brenva (4303 m). Au centre, le pointement neigeux duquel je vais m'élancer dans la face sud-est. A gauche, le sommet du mont Maudit.
Je monte en haut du Mur de la Côte, vers 4500 mètres, afin de trouver un passage qui me permettrait de gagner l'éperon de la Brenva à ski. J'ai déjà skié cette ligne en 2010, par la variante Gussfeldt (itinéraire le plus classique de nos jours). Cette fois, mon idée était de tenter la descente intégrale du sommet du mont Blanc jusqu'au col Moore. Mais séracs et crevasses barrent l'accès (en haut à droite sur la photo). De toute façon, je suis en retard, je n'ai plus le temps d'aller au sommet du mont Blanc. Le soleil a chassé les nuages et cogne sur la Brenva, il faut skier maintenant.
Je redescends au col de la Brenva. A gauche l'Italie, à droite la France. L'itinéraire que je vais skier passe sous le gros sérac au premier plan.
Vers 8h30 sur la ligne de départ, face au Grand Pilier d'Angle. Excès de confiance à ce moment-là, aucune peur, aucun doute. Étrange... Je craignais pourtant de m'engager dans "la descente de trop" depuis que j'avais réservé ma nuit au refuge des Cosmiques.
Autre point de vue au départ. L'éperon de la Brenva, à droite, et le glacier de la Brenva en bas.
Pente supérieure magnifique. Neige "décaillée", assez ferme, parfaite pour la précision des appuis et le contrôle des courbes en douceur. Je me dirige vers les rochers de la première étroiture.
Les rochers du haut sont passés, un sérac massif au-dessus de la tête tout le reste de la descente. Je me sentais beaucoup plus en sécurité en skiant le long de l'éperon de la Brenva, il y a quatre ans.
Recherche d'itinéraire avant d'accéder au pied de la descente où je vais trouver une neige trop ramollie, coulant dangereusement. Rien à voir avec le haut de la face presque dur. En tirant très à droite, sous les séracs Gussfeldt, je vais m'épargner le saut de l'imposante rimaye.
Montée par ici au col de la Fourche. De l'autre côté m'attend un couloir en soupe surchauffée. Que faire ? J'ai pensé à passer la nuit au bivouac de la Fourche pour attendre le regel. Mais c'était la fin de matinée, j'avais largement le temps de retourner à l'aiguille du Midi. J'ai descendu ce petit couloir en crampons, à reculons. La neige était tellement liquide que ça ne bottait pas. J'ai rechaussé les skis dans le bas afin de sauter la rimaye. En coupant la pente, une grosse purge de printemps est partie sous mes spatules, résonnant dans tout le cirque Maudit.
Grand Pilier d'Angle, Blanche et Noire de Peuterey.
Ciao la Brenva ! C'était ma dernière descente cette année. La dernière avant un bon bout de temps. Je vais peut-être quitter la région et l'Europe. Je ne sais pas si je serai aux alentours de Chamonix au printemps 2015. L'un de mes genoux, gravement fracturé en 2012, n'est plus compatible avec la pratique intensive du ski. J'ai été bien soigné mais je ne pourrai plus jamais repousser mes limites. Ce jeu a donc perdu de son intérêt pour moi. Ceci dit, je rêve toujours de skier des classiques comme le Whymper et le Couturier à la Verte. Ce blog reste en ligne. Au revoir. Goodbye. Arrivederci. Auf Wiedersehen.

12 commentaires:

  1. pour quelqu'un qui a un genou défoncé, ça ne va pas trop mal !!!
    J.PUTHOD

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    1. Bonjour Jacques, malgré des IRM catastrophiques, la pratique du ski de rando a beaucoup renforcé mon genou explosé et fait disparaître les douleurs. J'étais prêt à arrêter le ski, ne plus jamais craindre de me faire coffrer dans une avalanche, ça m'allait très bien, mais mon genou rafistolé n'a rien voulu savoir. Il m'a emmené jusque dans la Brenva !

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  2. Tes récits sages et honnêtes manqueront. Mis c'est surtout les photos que je regretterai le plus.
    Bonne aventure pour la suite alors...

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    1. Merci Lesoy, j'aime beaucoup ton coup d'oeil, privilégiant les atmosphères alors que la mode est plutôt au photos d'action. Salut.

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  3. Bonsoir Guilhem,
    Nous avons partagé le repas qau refuge des cosmiques la veille de ta sortie. Nous avions je te l'avoue quelques craintes sur le bien fondé de la sortie que tu envisageais. C'est avec soulagement que nous avons appris cette belle réussite : grande classe! Profite bien de la suite. Eric et Gab.

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    1. Bonjour Eric,
      Merci à vous deux. C'était très sympa de discuter avec vous, ça m'a aidé à évacuer la tension et les doutes. Il m'a fallu parfois refaire la trace dans les Trois Monts, j'ai accumulé du retard donc le seul de mes projets qui restait viable c'était le col de la Brenva. Un bon choix car les autres pentes de la Brenva avaient moins belle allure que lors de mes observations à la Tour Ronde cinq jours auparavant. Bonne grimpe cet été !

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  4. salut,
    je viens de lire le dernier récit jusqu'au bout...et là...misère de misère, je vois que c'est le dernier avant un "bon bout de temps". en tous les cas, tes photos de pentes raides m'auront fait rêver plus d'une fois!
    Bonne suite,
    arnaudS

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    1. Merci Arnaud, j'ai encore des projets dans le massif du Mont-Blanc que je tenterai quand je serai de retour dans les Alpes françaises. Mais je ne sais pas quand... Salut.

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  5. Bonne Continuation Guilhem,
    Tu prendras une Fin du monde pour moi!
    J'espère avoir bientôt de tes nouvelles.
    L.

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    1. J'en boirai une à ta santé quand il fera -20° à Montréal. Cet été, il me faudra quelque chose de plus léger pour me désaltérer. A un de ces jours...

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  6. bien vu guilhem ! une belle dernière .........pour cette saison ! puisque je n'arrive pas à t'imaginer sans revenir skier ces belles pentes au plus vite
    jacques

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    1. On trouvera le temps pour faire à nouveau équipe dans les Aravis au cours des prochaines saisons. Salut Jacques.

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